REVOLVE/REVEAL (2018)

Une maquette de l’installation dans un espace d’exposition.

Barthes a dit « Dans la photographie, l’immobilisation du Temps ne se donne que sous un mode excessif, monstrueux » et « [qu’il y ait] en elle comme un point énigmatique d’inactualité, une stase étrange, l’essence même de l’arrêt » (1980: 142). Or, qu’en serait-il si la photographie pouvait étirer le temps?

REVOLVE/REVEAL est une installation interactive qui s’appuie sur la photographie en slit-scan. À travers une représentation distordue de l’interacteur, elle cherche à transgresser les conventions d’instantanéité et point de vue unique présentes dans le portrait photographique.

Le slit-scan est un procédé marginal qui permute le temporel et le spatial à même l’image; il en résulte un portrait qui démultiplie les perspectives et les temporalités, caractères autrement convenus en photographie traditionnelle. Antithétique à l’instantanéité du cliché photographique, le slit-scan étire et spatialise le temps dans une représentation paradoxalement immobile, requérant des modes d’interprétation novateurs auprès du spectateur.

Un sujet centré et immobile résulte en une perspective aplatie.

L’interacteur voit son visage scanné et le résultat se dévoile en temps réel sur l’écran. En saisissant les subtilités de la gestuelle de l’interacteur, l’œuvre introduit par le fait même un volet performatif.

Lorsque le sujet se déplace le mouvement s’imprime horizontalement.

Puisque les affordances du dispositif ne sont pas explicitées, elles se doivent d’être déduites de manière heuristique par le sujet; le slit-scan étant un mode de représentation contre-intuitif, un plus petit écran fournit un indice du modus operandi du procédé.

Cette œuvre se situe dans la continuité historique de la photographie sérielle et séquentielle popularisée au 19e siècle, à l’instar des « portraits tournants », de la chronophotographie, du châssis multiplicateur et de la photosculpture.

Irving Penn, Turning Head (B), New York, 1993

Ces procédés – généralement axés sur la démultiplication des perspectives ou des temporalités pour supplémenter notre perception du sujet – s’accompagnent généralement de discours relevant du fantasme d’une représentation « totalisante », où l’entièreté de l’apparence du sujet serait mise en média (Chik 2015: 197).

Il s’inspire de plusieurs images que j’ai aperçues qui utilisent cette technique, dont un autoportrait d’Irving Penn.

Fonctionnement de l’installation

Du point de vue technique, la rig de caméra effectue un balayage de gauche à droite sur 360 degrés en plusieurs secondes, prend une pause, et reprend ensuite à l’inverse. Lorsque l’installation effectue son balayage, on peut voir le rendu en slit-scan qui apparaît en temps réel sur grand écran. Le scan suivant se superpose sur l’image existante en sens inverse. Parallèlement, un écran miniature montre où le slit-scan se produit.

Citations :

Barthes, Roland (1980). La chambre claire, Paris, Éditions de l’Étoile, Gallimard, Seuil.
Chik, Caroline (2014). « La photographie sérielle et séquentielle. Origines et ambiguïtés », Cinémas, Vol. 24, No. 2-3, pp. 187-215.

Cette installation repose sur plusieurs essais antérieurs dont un prototype précédent.

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